2e partie : Texte du podcast 7 : Les premières organisations internationales

Dernière mise à jour : 28 mars

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Bienvenue au podcast épisode 7 de Planet Republyk!

Les 7 prochains épisodes traiteront de l'histoire du mouvement planétariste.


Vous avez peu d'intérêt pour l'histoire ou peu de temps à consacrer à l'écoute ou la lecture des podcasts?

C'est l'essentiel du projet Planet Republyk, son modus operandi qui vous intéresse?


Vous pouvez attendre (ou passer à, s'il est déjà en ligne) l'épisode 14.


Sachez toutefois que si nous consacrons autant de temps et d'épisodes à l'histoire du mouvement, c'est que d'une part, c'est une histoire fascinante dont nombre d'évènements et de protagonistes sont méconnus, comme vous pourrez le constater, et que d'autre part, cette histoire nous aide à mieux comprendre que les mouvements cosmopolites ou planétaristes sont cycliques et qu'ils fleurissent aux moments charnières de l'histoire.


Cette historique nous permet également de mieux appréhender l'idée que nous traversons, en ce moment, ce type de période charnière et que l'époque actuelle est possiblement plus propice à la constitution d'un parlement mondial qu'aucunes autres périodes avant elle.


Histoire du mouvement planétariste


Partie 2 : Les premières organisations internationales


Parce que cette histoire est aussi la nôtre.

Parce qu’elle est méconnue.

Parce qu’elle devrait pourtant être enseignée dans nos écoles au même titre que l’histoire nationale.


Même si vous êtes seul et que personne ne vous suit, défendez toujours ce qui

vous paraît juste.

Henri Grouès dit Abbé Pierre


On peut décerner la palme de ‘’première structure internationale permanente dédiée à la paix’’ à la Sainte-Alliance qui prend forme en 1815. À la fin des guerres napoléoniennes, les couronnes européennes victorieuses de la Russie, de la Prusse, de l’Autriche et de l’Angleterre souhaitent développer une diplomatie active entre les nations européennes afin de se prémunir contre d’autres révolutions, prévenir de futures guerres et désamorcer les crises.

Elles créent une sorte d’alliance permanente de grandes puissances, fonctionnant par la tenue d’épisodiques congrès. Cette alliance imposera ses vues au reste de l’Europe pendant près d’un siècle. Plus une intention qu’une organisation internationale, à proprement parler, l’humanité devra attendre le début du XXe siècle pour que cette tentative d’une diplomatie quasi permanente sorte de l’ombre et de l’enclave de l’officieux pour entrer dans celle de la lumière et du droit.


La Sainte-Alliance, en tant que telle, se dissoudra, en 1825, à la mort de son initiateur le tsar russe Alexandre 1er. Les racines du principe des rencontres internationales régulières sont toutefois assez profondes pour que la tradition subsiste. Le Concert des Nations prend donc la relève en élargissant graduellement son cercle à toutes les nations d’Europe, invitant même parfois des pays étrangers lors de ses sommets.

Il en résultera plus d’une quinzaine de rencontres internationales au cours des décennies suivantes dont sept Congrès Internationaux de la Paix tenus entre 1843 et 1853. La première convention sur les droits de la guerre de Genève ainsi que l’acceptation du principe de la Croix-Rouge (grâce à la détermination de son fondateur, l’humaniste suisse Henry Dunant) figurent parmi les plus beaux legs à l’humanité du Concert des Nations. Il demeure néanmoins que le fond de ces accords n’est pas, comme l’explique l’historien des institutions internationales, Jacques Charpentier : « de mettre fin à la guerre, mais de tenter de l’humaniser le plus possible[i]


La souveraineté des États étant considérée comme inaliénable, l’unanimité des nations est condition sine qua non pour la ratification des traités issus de ces rencontres internationales. Les résolutions et chartes doivent donc souvent être grandement édulcorées afin que chacune des nations européennes se rallie.

Par moment, de petites nations de quelques millions d’habitants empêchent la ratification de traités souhaités par de grandes puissances représentant des centaines de millions d’habitants. Ainsi, en 1899, lors de la première conférence de La Haye : « le seul vote de la Roumanie a suffi pour faire échouer un plan original en faveur d’une commission d’enquête obligatoire[ii]


Néanmoins, pour la première fois, les Nations d’Europe adressent ensemble, sur une base régulière, les défis de leur coexistence pacifique. De 1815 à 1870, l’Europe est préservée d’un conflit majeur; une période de paix d’une longévité exceptionnelle pour le Vieux Continent de cette époque. On peut certainement avancer que cette première tentative d’une organisation internationale dédiée à la préservation de la paix européenne ait pu y contribuer.


Le Concert des Nations n’arrivera cependant pas à prévenir la constitution d’alliances stratégiques secrètes entre grandes puissances européennes. Ces dernières paveront le chemin vers la Grande Guerre.

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, et ce dès 1815, des juristes américains créent des sociétés pour la paix en vue de la promotion de l’instauration de tribunaux internationaux; gardiens d’une règle de droit international. Ce militantisme mènera à la codification de la guerre par les conventions de La Haye de 1899 et de 1907.

1878 vu naître une initiative intéressante pour la paix universelle. Une décennie plus tôt, le russo-polonais, Louis Lazare Zamenhof ayant saisi à quel point la barrière des langues était un obstacle à la paix universelle, s’était attelé, fort de sa maîtrise d’une dizaine de dialectes indo-européens, à la tâche titanesque d’inventer une nouvelle langue apatride, d’apprentissage aisé.



Aujourd’hui, des locuteurs parsemés dans plus de 120 pays du monde utilisent cet ‘’Universala lingvo’’ (langage universel) baptisé Esperanto (celui qui espère) afin de faciliter la communication entre personnes d’idiomes distincts et du même coup favoriser la paix et la solidarité universelle. En écho à cet objectif, un groupe d’espérantistes fondent, en 1921, l’Association anationale mondiale.

D’autres langues universelles naîtraient, à sa suite, dont le solrésol, le volapük, le verba,

l’occidental ou l’interlingua, mais aucune autre langue construite, à vocation internationale, n’atteindrait la même notoriété et diffusion.



Cette langue (l’espéranto) est nécessaire pour la vie internationale, extrêmement nécessaire. Si elle se répandait à travers le monde, ce serait une véritable bénédiction pour toute l’humanité.


Lord John Boyd Orr



Dans la mouvance de cette époque de forte militance pour la paix et l’arbitrage international des conflits, est créée, en 1889, l’Union interparlementaire. Cette organisation mondiale des parlementaires, dont les députés français et britannique Frédéric Passy et William Randal Cremer furent des principaux instigateurs, demeure, encore à ce jour, la plus ancienne institution internationale à caractère politique.

Ses débuts sont modestes : seulement neuf états sont représentés par des parlementaires à la première conférence de Paris en 1889. L’organisation gagne cependant en légitimité par la suite et contribue par les liens qui se tissent entre les différents parlementaires du monde, lors de ses conférences annuelles, à la création de la première structure de législation internationale digne de ce nom soit la Cour permanente d’arbitrage (CPA) qui siège depuis 1899 au Palais de la Paix de La Haye.

La CPA est une organisation intergouvernementale permanente offrant une instance pour le règlement de conflits internationaux par arbitrage ou médiation.

Cette réussite ouvrira la porte à la constitution de la Cour permanente de Justice internationale (CPJI) en 1922 ainsi qu’à la Cour internationale de Justice (CIJ) qui lui succèdera à compter de 1946.


L'Union interparlementaire compte aujourd'hui 173 pays membres, à l’exception notable des États-Unis qui s’en retirèrent en 1988 alors qu’ils en avaient été l'une des nations fondatrices. La mission primordiale de l’organisation est désormais la promotion de la démocratie dans le monde.


En 1910, la New York Peace Society fonde le World Federation Committee qui changera de nom pour World Federation League en 1912. Les fédéralistes défendent l’idée qu’un gouvernement mondial peut être instauré par une fédération des nations, comme la Suisse existe par une fédération de cantons.


Il y a quelque chose qui est au-dessus de l’Allemand, du Belge, de l’Italien, de l’Anglais, du Français, c’est le citoyen; il y a quelque chose qui et au-dessus du citoyen; c’est l’homme … Peuple! Il n’y a qu’un peuple. Vive la république universelle!

Victor Hugo


La Grande Guerre de 14-18 commence à cheval, mais se termine avec l’utilisation massive de

tanks, de sous-marins, d’avions et de l’arme chimique du gaz moutarde. Elle entraîne dans la mort plus d’êtres humains que tout autre conflit antérieur.


Les intellectuels du monde commencent à réaliser que les nouvelles technologies de la guerre, de plus en plus meurtrières et dévastatrices, pourraient à terme menacer la survie même de l’humanité.


Fort de ce constat, Leonard Woolf, mari de l'écrivaine Virginia Woolf, publie, en 1916, International government.


Toujours en 1916, le prolifique écrivain socialiste de science-fiction, H. G. Wells, fonde à Londres la League of Free Nations Association. De 1902 à sa mort en 1946, il publiera une douzaine d’essais sur l’unification nécessaire de l’humanité. C’est toutefois son œuvre de 1928, La conspiration au grand jour, qui reçue le plus grand écho. Pour la première fois, un des avocats de la gouvernance planétaire explique les étapes concrètes pour y arriver.

En 1917, l’humaniste, théoricien du solidarisme, futur Prix Nobel de la paix et ministre d’État français, Léon Bourgeois, propose la création d’une Société des Nations dotée d’une armée internationale dédiée à la préservation de la paix dans le monde.

La même année, Sri Aurobindo, homme politique influent de l’Inde propose dans L’idéal de l’unité humaine la création d’un état mondial. Il y postule que cette idée est inscrite dans la conscience même d’une humanité qui aspire à l’unité.


À preuve que l’idée est dans l’air, à cette même époque, Trotsky, Lénine et les bolchéviques tentent d'instaurer la dictature du prolétariat par des républiques soviétiques et entendent poursuivre le rêve de Marx, Engels et des internationales socialistes en unifiant l’ensemble des travailleurs de la planète.



En 1919, le traité de paix de Versailles concrétise la création de la Société des Nations (SDN), une première association officielle, structurée, mais surtout permanente, d’États dédiés à la préservation de la paix mondiale. L’organisation internationale, qui ne comptera à son apogée que 45 nations membres, est destinée à l’arbitrage des conflits et dotée pour cela de la capacité de sanctions collectives contre les pays récalcitrants.


Une première mouture de Conseil de sécurité y prend forme. Les grandes puissances du début des années 20 : la France, la Grande-Bretagne, le Japon et l’Italie y détiennent un siège permanent. L’Allemagne se joint brièvement à l’organisation de 1926 à 1933. Le Japon la quitte la même année. L’URSS naissante ne joint les rangs qu’en 1934 pour en être bannie en 1939 par son invasion de la Finlande.

Les États-Unis ne feront jamais partie de la SDN. Pourtant ce fut un président américain qui en avait été le principal architecte. Les Américains avaient fini par être entraînés dans le conflit européen, auquel ils ne souhaitaient pas prendre part, lorsque des paquebots et navires marchands américains furent coulés par des sous-marins allemands voulant empêcher le ravitaillement de la Grande-Bretagne. De nombreux civils et soldats américains perdront la vie dans une guerre qui, de prime abord, ne les concernait pas.


Ce n’est pas surprenant dans ce contexte, qu’à la fin de la Première Guerre mondiale, ce soit le président américain, Woodrow Wilson, qui porte le projet d’une première organisation internationale visant à préserver la paix dans le monde. Son gouvernement estime que l’instauration d’une règle de droit international pourrait éviter certains conflits à l’humanité. Après tout, en 1872, l’arbitrage du Brésil, de l’Italie et de la Suisse dans le dossier de la violation de la neutralité, pendant la guerre de sécession, de la Grande-Bretagne, qui avait permis la construction et la vente aux confédérés du navire l'Alabama, avait évité une guerre entre cette dernière et les États-Unis.

Le discours historique en 14 points du président Wilson devant le Congrès américain en janvier 1918 servira de boussole morale au Traité de paix de Versailles et à la Société des Nations. Or, il ne réussira jamais à faire ratifier l’adhésion américaine par son Sénat qui craint que le pays soit forcé, de par la structure de l’organisation, à contribuer à une force de maintien de la paix malgré son opposition.


Pourtant au sein du Conseil de la SDN, organe décisionnel suprême, la pratique de l’unanimité est généralisée. La justification en est justement, qu’en cas d’engagement militaire afin de contraindre des belligérants, les cinq grandes puissances détenant un siège permanent au Conseil auront à déployer l’essentiel de l’effort de guerre. Il ne saurait donc être question que cette situation leur soit imposée, contre leur gré, par une simple décision majoritaire contraignante des dix membres du Conseil.

La SDN connaît, dans les premières années de son existence, un certain succès d’estime lors d’arbitrages de conflits dans les Balkans. Le Pacte Briand-Kellogg, revendiquant l’illégalité de la guerre, signé en 1928 par 63 des 68 États de l’époque revêt également une belle symbolique. Ironiquement, ce pacte est toujours en vigueur aujourd’hui. La SDN posera aussi les bases d’une réelle politique de désarmement.

Mais au cours des années 30, les enjeux se corsent. Lors de l’invasion de la Mandchourie par le Japon(1931) et de l’Éthiopie par l’Italie(1935); la SDN démontre clairement ses limites. Le souvenir de la Grande Guerre encore frais en mémoire, les grandes puissances ne sont tout simplement pas prêtes à risquer d’amorcer l’engrenage d’un autre conflit au nom de principes moraux. La proposition de Bourgeois d’une armée internationale n’ayant pas été retenue, l’institution est faible, sans dents.


L’Allemagne d’Hitler comprit dès lors que la Société des Nations ne serait pas un obstacle à ses projets expansifs.


Être citoyen du monde, c'est parier pour la survie de l'humanité.

Jean Rostand


On peut lire dans le préambule de l’acte constitutif de la SDN que « le conseil, organe exécutif suprême, doit se composer de quatre membres permanents représentants des principales puissances alliées, c’est-à-dire des vainqueurs de la guerre[iii]».

Pour les spécialistes des organisations internationales Anne Peter et Maurice Bertrand, il s’agirait bien, comme pour l’ONU trente ans plus tard : « d’un traité d’alliance entre puissances victorieuses qui entendent maintenir l’ordre qu’elles ont établi[iv]». « Ce lien avec la Grande Guerre, ainsi que la structure institutionnelle mise en place ont largement contribué à saper l’autorité, la légitimité, de la SDN et expliquent le manque de confiance dans l’organisation[v]».


De plus, le principe unanimitaire, reliquat du Concert des Nations, dont on aura tenté de restreindre l’utilisation comme mode décisionnel est tout de même grandement utilisé au sein de l’Assemblée générale. Dans son livre, Le droit de véto, Georges Scelle illustre bien le vice caché de la Société des Nations : « Le Libéria, théoriquement, aurait pu s’opposer au vote du budget et par là condamner l’Institution à fermer ses portes[vi]

La petite histoire lui donne raison : en septembre 1938, les votes de la Pologne et de la Hongrie font échouer une proposition de modifier la règle d’unanimité afin qu’un État qui est partie prenante d’un conflit ne puisse plus empêcher le conseil de prendre des mesures visant à préserver la paix.


Lors du déclenchement du conflit de 1939-1945, la SDN sera dissoute de par son impuissance à remplir son unique mandat : préserver la paix universelle.


La postérité tenterait de tirer des leçons des faiblesses de la SDN.



C'est tout pour l'épisode 7.


Merci à Magali Rolland d'avoir prêté sa voix aux citations.


Le thème musical du podcast est la pièce ‘’Who would have tought’’ de l’artiste Crowander. Elle est une courtoisie libre de droit disponible ici sur Free Music Archive.


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Merci de votre écoute et au plaisir de vous retrouver pour l'épisode 8 !


[i] Jacques Charpentier, Institutions internationales, Dalloz, Paris, Collection Mémentos Dalloz, 1972, p. 8. [ii] Georges Day, Le droit de véto dans l’Organisation des Nations Unies, A. Pédone, Paris, 1952, p. 14. [iii] Anne Peter, « Le cheminement historique des organisations internationales : entre technocratie et démocratie », The Roots of International Law / Les fondements du droit international, Leiden,Martinus Nijhoff Publishers, Liber Amicorum, 2014, p. 499. [iv] Maurice Bertrand, L’ONU, Paris, La Découverte, Collection « Repères », 1994, p. 19. [v] Peter, Ibid., p. 500.

[vi] Georges Scelle cité dans Day, ibid., p.35

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