3e partie : Texte du Podcast 22 : Conclusion, partie 2 : Un phare dans la brume

Dernière mise à jour : 2 mars

Comment cocher ‘’Sauver le Monde’’ sur sa ‘’bucket list’’?

Bienvenue au podcast épisode 22 de Planet Republyk!


Ceci est le neuvième de 10 épisodes de la troisième et dernière partie du projet Planet Republyk.


Les présents épisodes sont les plus importants de la série.


Épisode 22 : Un phare dans la brume


La foule invariablement suit la routine. C’est au contraire, le petit nombre qui mène le progrès.


Gustave Flaubert


Je m’intéresse à l’actualité internationale depuis longtemps. Je crois que cet intérêt a contribué à nourrir ma compréhension macroscopique de la gravité de ce qui nous pend au bout du nez.


Lorsqu’on ne regarde que par la lorgnette nationale, on pourrait croire que nous sommes seuls à vivre des transformations de nos climats et milieux de vie; à mettre ces bouleversements sur le compte de l’anomalie.


Or, lorsqu’on réalise[i] qu’en 2019, l’Inde, le Népal, le Bangladesh, le Myanmar, le Mexique, l’Italie, la Corée du Nord, les États-Unis, le Canada, l’Argentine, la France, le Sri Lanka, la République islamique d’Iran, l’Afrique de l’Est, l’Uruguay, le Brésil, la Bolivie, le Venezuela, l’Indonésie, l’Australie, l’Afrique australe et l’Amérique centrale ont tous déploré des récoltes désastreuses tantôt causées par des printemps tardifs, tantôt par des épisodes de sécheresses et des incendies, tantôt par des d’inondations; et qu’on fait l’addition; on commence à s’inquiéter ...

Et, comme nous l'avons vu au chapitre 21, ces évènements affectent l'accès aux premières nécessités qui lui entraîne, à son tour, des mouvements massifs de population. Ce cocktail explosif pourrait bien conduire à de plus en plus d'agitation sociale. Et cela partout. Si de l'agitation, des révolutions, voire des guerres civiles sont à prévoir pour nombre de pays , il appert qu’elles soient aussi fort malheureusement souhaitables, voire nécessaires, afin de casser le paradigme néolibéral actuel. Toutefois, si un plan consensuel précis, concret et rassembleur, n’est pas établi avant le début de ces grandes agitations sociales, la période de chaos risque de se prolonger et des groupes extrémistes bardés d’agendas communautaristes, criminels ou religieux risquent de s’imposer[ii].


Éventuellement, à défaut de mieux, par lassitude, la nature ayant horreur du vide, nous retomberons dans l’ancien système, ordre servant si bien les puissants, qui, par toutes sortes de moyens, dont la propagande, le retour d’une forme de maccarthysme, la corruption, l’emprisonnement voire même l’assassinat des leaders, tenteront de restaurer. Les déshérités de la planète auraient alors subi en vain les violences, tourments, misères et souffrances qui découleront forcément de cette période trouble.


L’auteure et journaliste, Naomi Klein, explique justement ainsi les gains modestes des mouvements populaires d’opposition des deux dernières décennies, en Égypte, au Chili, au Liban, en Algérie, en France, en Iran, à Hong Kong, en Grèce, en Espagne, aux États-Unis et au Québec :


Toutes ces manifestations ont aussi montré qu’il ne suffit pas de dire non. Pour être autre chose que des feux de paille, les mouvements d’opposition devront élaborer une vision globale et approfondie de ce qui devrait émerger pour remplacer ce système en déroute, et développer des stratégies politiques cohérentes et efficaces pour concrétiser leurs objectifs[iii].


Planet Republyk se veut justement un plan pour la suite du monde. Si une partie d'entre nous( les lanternes dont nous avons parlé plus tôt) s'entendent sur ce que nous exigeons concrètement avant que la situation ne dégénère, il sera plus facile d'influencer ceux qui n'ont pas de plans et de canaliser les forces en présence vers un même objectif et, du même coup, abréger la période chaotique.


Selon Erica Chenoweth, chercheure américaine spécialiste de l’histoire des mouvements civils, il ne faudrait aussi peu que la mobilisation de 4% de la population[iv] pour changer le paradigme d’un milieu donné. Pour initier un nouveau système de gouvernance mondiale dans ce cas-ci, cela nécessiterait 4% de la population de la planète. C’est la population des États-Unis. 4% ce n’est que quelques-uns d’entre nous.


De nombreuses menaces planent sur nos générations. Elles font que nous traversons une période sombre de l’histoire humaine. Et les lanternes, plus il fait sombre, plus elles illuminent. Elles sont plus que jamais nécessaires.


Jean-Jacques Rousseau, découragé à la fin de sa vie du peu d’avancement du projet de gouvernance mondiale, s’était posé la question : « Va-t-on jamais arriver à la démocratie et à la citoyenneté mondiale? »


C’était il y a 400 ans. Nous avons pour y arriver, aujourd’hui et depuis peu, des outils fabuleux dont les humanistes de cette époque, et des suivantes, ne disposaient pas, mais aussi, et peut-être surtout, nous vivons une atténuation des différenciations culturelles à l’intérieur du grand règne humain comme aucune autre époque n’en a connu avant.


Au Kenya, dans le district de Kajiado, un gardien de troupeau Maasai. Photo © Sven Torfinn

Des humains de différentes ethnies, religions, langues et régions du globe consomment les mêmes produits, rêvent des mêmes choses. La consommation de masse nous configure peut-être bien plus que nous aimerions le croire.


Le sociologue Jean Copans le résume ainsi : « l’univers social contemporain a dissout jusqu’au plus profond de chacun de nous les références identitaires qui ordonnancent les différences majeures de civilisation, de culture, de genre, de personne[v]


Ceci expliquant peut-être cela : un peu partout sur la planète, en Europe, en Afrique, en Indes, des mouvements semblables à celui de Planet Republyk émergent. Ils ont tous en commun de réclamer une nouvelle gouvernance pour le bien de l’ensemble de l’humanité; de la planète. À l’échelle de l’histoire, le mouvement est puissant.

Tout cela relève de la synchronicité, une théorie du psychiatre suisse Carl-Gustav Jung. Celle-ci stipule que parfois de nombreux évènements, qui ne sont pas liés et qui semblent relever uniquement du hasard, se somment involontairement afin d’atteindre un même objectif : faire évoluer une personne, un peuple ou l’humanité, dans ce cas-ci, à un moment précis de sa vie, de son histoire.


Nous ne serions donc pas seuls à l’ouvrage dans cette œuvre qui peut sembler titanesque. Aiguillonnés par un sentiment d’urgence, de nombreux citoyens poussent dans la même direction en tentant de communiquer les idées d’une humanité unifiée à ceux que Jésus Christ appelait les ‘’humains de bonne volonté’’.


Rien n'est plus fort qu'une idée dont l'heure est venue


Victor Hugo



L'hoverboard de Marty McFly (Michael J. Fox) du film "Retour vers le futur II" (1989)

Je disais à ma fille, aux premiers jours de la période de confinement que décrétèrent, en 2020, les gouvernements occidentaux, que pour la première fois de ma vie à 48 ans, j’avais l’impression, d’entrer de plain-pied dans le futur. Futur qu’on m’annonçait, pour demain, depuis la fin des années 70, sur les bancs d’école. Un futur étoffé de téléphones à écran, de voitures volantes, de sommeil dans des sphères transparentes en apesanteur et d’hoverboards. Or, c’est plutôt le futur de romans dystopiques que j’avais lus ou de leurs adaptations cinématographiques qui me revenaient.


L’Ebola, le Sida, le SRAS, la grippe H1N1 et probablement la Covid-19 prospéraient chez les animaux bien avant de franchir la barrière des espèces. Le trafic d’animaux sauvages; la perte d’habitats naturels causée par la déforestation, l’agriculture intensive et l’élevage industriel ainsi que la pollution perturbant la chaîne alimentaire, tous imputables à une insouciance de nos gouvernements, engendrent désormais un nouveau paradigme civilisationnel.


Une étude[vi], en 2014, de la chair d'écologie et de biodiversité de l'University College de Londres constate de fait l’explosion des épidémies d’origine animale. 65 % des maladies émergentes recensées entre 1980 et 2013 étaient des virus zoonotiques.


En février 2020, alors que l’OMS venait tout juste de décréter que la Covid-19 avait atteint le stade de pandémie, une autre annonce majeure de l’organisme se retrouvait dans l’ombre de l’éclipse médiatique du coronavirus : le retour du virus H5N1 de la grippe aviaire en Chine[vii].


Nous n’en sommes donc qu’aux premiers jours de prévalence de virus zoonotiques qui parfois, comme ce fut le cas pour le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRMO- MERS-CoV), seront beaucoup plus létaux(selon l’OMS, environ 35% des cas notifiés d’infection ont abouti au décès du patient[viii]).


Au moment d'écrire ces lignes la thèse de l'accident de laboratoire n'est toujours pas écartée. Nonobstant, il y a tout lieu de croire que le coronavirus à l’origine de la COVID-19 était encore isolé dans une population de chauves-souris quelque part en Chine au mois d’octobre 2019. Pourtant, quelques mois plus tard, il se retrouvera disséminé sur toute la planète. Alanna Shaikh, experte en santé mondiale et auteure de What's Killing Us : Un guide pratique pour comprendre nos plus grands problèmes de santé mondiaux estime

que :


Le Coronavirus est notre future. Par cela, entendons que ce sont nos modes de vie dans leur globalité – surconsommation, urbanisation, mobilité, spéculation, relation avec la nature, etc. qui sans entraves sont ultimement responsables de l’accroissement des crises sanitaires et désastres climatiques. Les deux sont en fait indissociables. Seulement un changement de cap, qui ne serait pas seulement géopolitique, mais civilisationnel peut sauver l’humanité[ix].

Si ce n’est pas un virus, ce sera autre chose, mais la Covid-19 n’était qu’un des premiers d’une série d’icebergs à venir si l’humanité ne change pas de cap. Pouvons-nous nous permettre de simplement espérer que, dans le cadre des structures politiques actuelles, nos dirigeants feront mieux la prochaine fois? Ces structures permettent-elles même cette option? Ces interrogations nous les avons posées en introduction. À la lumière de l’ensemble de la preuve que nous vous avons présentée; la réponse est non.



Si vous croyez qu'il n'y a aucun espoir, alors vous garantissez que tout espoir disparaîtra.

Mais si vous estimez qu'il existe un instinct de liberté, que chacun à le pouvoir de faire évoluer les choses, alors il y a une réelle possibilité que vous puissiez contribuer à rendre le monde meilleur.

Noam Chomsky


‘’ Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise’’, le célèbre aphorisme qu’on attribue à tort à Churchill, s’applique néanmoins tout à fait à la pandémie mondiale récente. Une opportunité de sauter du train en marche. De prendre un temps d’arrêt pour se remettre collectivement en question. De faire un de ces pas de géant dont nous avons parlé plus tôt, car l’humanité, grâce à cette pandémie, réalise plus que jamais qu’elle n’est qu’une seule et même famille.


Plus qu’à aucun autre moment de son histoire.


Malgré toute la rigueur dont des organisations telle la Center for Systems Science and Engineering (CSSE) de la Johns Hopkins University ont souhaité faire preuve dans leur compilation des statistiques mondiales[x]de la Covid-19; ils demeuraient tributaires de la façon dont les États comptabilisaient ces données et surtout de leur bonne foi.


À défaut d’une réelle autorité de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les façons de comptabiliser les cas de Covid-19 et les décès qui y étaient associés différaient grandement d’un pays à l’autre. Cela pourrait prendre des années, voire des décennies, avant de connaître le coût exact de la pandémie alors que la dissimulation ou encore le manque de tests de dépistage dans de nombreux pays moins fortunés faussent les données[xi].


D’autant plus, que les nombreuses mutations du virus finiront bien par engendrer un variant résistant aux vaccins existants qui pourrait non seulement s’avérer plus contagieux, comme ce fut le cas du variant britannique, mais possiblement aussi plus mortel. Le long processus de vaccination de l’ensemble de la population mondiale serait alors à recommencer et on pourrait n’être sorti de cette boucle avant très longtemps[xii].


Quoi qu’il en soit le coût final s’élèvera à des millions de vies et à des millions de milliards de dollars. La seule façon de connaître le nombre des décès sera possiblement en comparant les taux de surmortalité mondiaux par rapport à la moyenne des mêmes mois pour les années précédentes.


À tout le moins, les conséquences sanitaires, économiques et sociales de la pandémie auront forcé une partie de l’humanité à prendre la mesure de l’ampleur de la sottise qui nous habite collectivement et de ce qu’il en coûte de n’être pas préparé; de laisser les destinées de l’ensemble du vivant, entre les mains d’une poignée d’êtres obscènement riches, sans entraves aucunes à leur avarice sans bornes.


Si l’humanité avait pu compter sur une gouvernance mondiale élue par tous et redevable à tous pouvant intervenir partout, parce que chez elle partout, et accordant toute son attention aux enjeux auxquels les États accordent peu d’importance, les choses auraient pu se dérouler fort différemment.


Voilà! C'est tout pour l'épisode 22, avant dernier de la série !


Merci à Magali Rolland d'avoir prêté sa voix aux citations.


Le thème musical du podcast est la pièce ‘’Who would have tought’’ de l’artiste Crowander. Elle est une courtoisie libre de droit disponible ici sur Free Music Archive.


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Merci de votre écoute et au plaisir de vous retrouver pour le dernier épisode!


[i]« Global food crisis ahead as extreme weather events devastate crops and fields around the world », Strange Sounds, may 20, 2019.

[ii] Cara Anna, Associated press, « Extremists see global chaos from virus as an opportunity » ABC News, 2 April 2020.

[iii] Naomi Klein, Opus cité, p. 21. [iv] Erica Chenoweth and Maria J. Stephan, Why civil resistance works : the strategic logic of nonviolent conflict, New York, Columbia University Press, 2012, p. 216. [v] Jean Copans, cité dans Roland Viau, Ibid., p.30. [vi] Katherine F. Smith, Michael Goldberg, Samantha Rosenthal, Lynn Carlson, Jane Chen, Cici Chen and Sohini Ramachandran, « Global rise in human infectious disease outbreaks », Interface, vol. 11, No. 101, Royal Society publishing, London, December 2014. http://doi.org/10.1098/rsif.2014.0950

[vii] Céline Deluzarche, « Chine : en plus du coronavirus, une nouvelle épidémie de grippe aviaire », Futura Santé, Futura Sciences, 4 février 2020.

[viii]Site de l’Organisation mondiale de la santé, Centre des Médias, Principaux faits, Coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV), 11 mars 2019.

[ix]Alanna Shaikh, « Le coronavirus est notre future », TEDtalk, vidéo, march 2020, 16m.45s. https://www.ted.com/talks/alanna_shaikh_coronavirus_is_our_future?language=fr [x] Center for Systems Science and Engineering (CSSE), Department of Civil and Systems Engineering at Johns Hopkins University (JHU), « Covid-19 Dashboard », Baltimore, USA, 2020. https://gisanddata.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6 [xi] Mélanie Meloche-Holubowski, « Données sur la COVID-19 : peut-on vraiment se comparer aux autres? », Radio-Canada, 30 mai 2020.

[xii]Pauline Gravel, « Le vaccin pourra-t-il nous débarrasser du coronavirus? »,Le Devoir, 5 janvier 2021.

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