3e partie : Texte du Podcast 21 : Conclusion, partie 1, Le chaos qui nous pend au bout du nez

Dernière mise à jour : 3 mars

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Bienvenue au podcast épisode 21 de Planet Republyk!


Ceci est le huitième de 10 épisodes de la troisième et dernière partie du projet Planet Republyk.


Si vous ne deviez en lire ou écouter qu'une seule partie; ce serait celle-ci.


Épisode 21 : Le chaos qui nous pend au bout du nez


Pour convaincre, il suffit de parler à l'esprit ; pour persuader, il faut aller jusqu'au cœur.


Henri François D’Aguesseau


Et ce chaos annoncé pourrait être pour plus tôt que tard. La civilisation centrée sur les énergies fossiles, qu’est la nôtre, pourrait même s’effondrer aussitôt qu’en 2028 selon les analyses de l’économiste américain de renommée mondiale Jeremy Rifkin dans son essai Le New Deal vert mondial[i].


Des scientifiques associés au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de l’ONU sont de plus en plus nombreux à clamer haut et fort qu’ils ont, et ce depuis des décennies, totalement sous-estimé la force, mais surtout la rapidité des changements climatiques. Robert Watson, qui a présidé l’organisation de 1997 à 2002 l’explique en ces termes :


« Nous vivons actuellement certains évènements que les scientifiques n’avaient pas prévus avant la fin du siècle. Tout ça à cause de l’effet domino du ‘’point de bascule’’ après lequel les changements s’accélèrent. La fonte en Antarctique, continent qui ne devait pourtant pas être affecté avant 2100, de 3 000 milliards de tonnes de glace depuis 1992 et au Groenland de 5 000 milliards de tonnes durant la même période a littéralement doublé les prévisions concernant l’élévation du niveau de la mer d’ici la fin du siècle. Et cette fonte a un impact massif sur la circulation océanique qui elle régente les courants aériens gouvernant le climat. Ainsi chaque évènement global spécifique a un effet amplificateur sur tous les autres[ii]


Le GIEC estime désormais que l’effet domino d’une augmentation de la température au-delà de 1,5°C entraînera une série de bouleversements dont on ne peut prédire l’ampleur et la durée alors que déjà en 2020, ses scientifiques évaluaient que la température moyenne mondiale avait atteint 14,9 °C, soit 1,2 °C (± 0,1 °C) de plus que sa valeur préindustrielle (période 1850-1900).[iii] En juillet 2020, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) évaluait à 20 % la probabilité qu'elle dépasse 1,5 °C lors d’au moins une année du quinquennat 2020-2024.[iv]


Une des plus importantes conséquences de ces bouleversements sera la raréfaction des denrées, qui provoquant un déséquilibre majeur de l’offre et de la demande, entraînera une inflation des prix que ne pourront encaisser les moins nantis du globe.


Le manque d’eau, également à prévoir, aggravera la situation, comme le démontre le rapport 2019 de l’ONU sur l’état des ressources mondiales en eau : « si la dégradation de l’environnement naturel et les pressions insoutenables sur les ressources mondiales en eau se poursuivent, 45 % du PIB mondial et 40% de la production céréalière mondiale seront en danger d’ici 2050[v]».


En 2021, l’ONU évaluait que d’ici 2025, les 2/3 de la population mondiale vivront dans des zones ou l’eau douce est rare et que d’ici 2030, plus de la moitié de l’humanité ne pourra subvenir à ses besoins de base[vi]. En 2019, l’Organisation mondiale de la Santé(OMS) avait déjà révélé que l’amélioration de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de l’hygiène permettrait d’éviter, chaque année, la mort de plus de 300,000 enfants de moins de 5 ans[vii].

Comble d'ironie, en décembre 2020, à l’initiative du fonds d’investissement spéculatif Black Rock, l’eau faisait son entrée à la Bourse de Chicago[viii] alors même que 10 ans plus tôt l’Assemblée générale des Nations-Unies avait adopté une résolution qui reconnaissait l’eau comme un bien commun et un droit universel humain[ix]...

La sauvegarde de notre monde humain n'est nulle part ailleurs que dans le cœur humain, la responsabilité humaine...


Vaclav Havel


Comme ce fut le cas lors d’autres périodes troubles de l’histoire avant la nôtre, ces nécessités pourraient bien constituer les étincelles qui mettront le feu aux poudres : la substantifique moelle catalysatrice d’un grand chaos social à l’échelle mondiale nourri par les quelques 250 millions de réfugiés climatiques[x] forcés de s’exiler d’ici 2050 à cause justement des bouleversements du climat. Le rapport 2019 de l’ONU sur l’état des ressources mondiales en eau constate déjà, d’ailleurs, une hausse significative des conflits liés à l’eau[xi]. Entre 2000 et 2009, on en recensait 94. Entre 2010 et 2018, ce chiffre s’élevait à 263.


Et à tout cela, malheureusement, s’ajoutent les impacts à moyen et long terme de la COVID-19 qui n’arrangeront rien. En avril 2020, le Programme alimentaire mondial(PAM) sonnait l’alarme estimant[xii] que plus d’une trentaine de pays pourraient être frappés de famine et que la pandémie doublerait le nombre de personnes confrontées à l'insécurité alimentaire aiguë. Son directeur général, David Beasley, estimait alors que l’année 2020 serait catastrophique:


« Dans mes conversations avec les dirigeants du monde entier au cours des derniers mois, avant même que le coronavirus ne devienne un problème, je disais que 2020 verrait la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale pour un certain nombre de raisons[xiii]


Le taux de chômage dans les économies émergentes comme pour les matures devraient lui aussi atteindre des niveaux stratosphériques non vus depuis près d’un siècle alors que l’Organisation Internationale du Travail (OIT) révélait dans sa deuxième édition de l’Observatoire de l’OIT, Le COVID-19 et le monde du travail, qu’en avril 2020, 81 % de la population active mondiale était affectée par la fermeture totale ou partielle des lieux de travail[xiv].


Et que comme 1,25 G des 3,3 G de travailleurs mondiaux sont employés dans l’économie informelle (la plupart dans les économies émergentes et en développement), où manque de protection sociale, forte densité de population et faibles capacités d’action des gouvernements prévalent; cela pose de graves problèmes sanitaires et économiques.


Le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder, estimait conséquemment que «c’est la plus grande épreuve pour la coopération internationale en plus de 75 ans. […] Nous devons avoir pour ambition de reconstruire en mieux afin que nos nouveaux systèmes soient plus sûrs, plus équitables et plus durables que ceux qui ont permis à cette crise de se produire[xv]


À tout cela, il faut bien sûr ajouter, l’épuisement des sols[xvi], les problèmes de fertilisation dus à l’extinction des insectes pollinisateurs[xvii], la multiplication des épisodes incendiaires, de sécheresses, d’inondations, d’épidémies qui impactent lourdement sur la production de nombreuses denrées dont le blé, le riz, le maïs, le soya, le quinoa, les noix, le café, le chocolat ainsi que sur certains fruits et légumes; et ce de l’Argentine à la Corée du Nord.


En 2020, dans la corne de l’Afrique[xviii] et en Indes[xix] les pires invasions de criquets pèlerins depuis des décennies, ont ravagé des centaines de milliers d'hectares de terres cultivées. Dû à l’effroyable période de sécheresse que l’Australie a connue en 2018, ce cinquième exportateur de blé de la planète a dû en importer en 2019.


La même chose s’est produite pour le riz aux Philippines, causée cette fois par de dévastatrices inondations. Même si, en 2018, l’archipel se classait septième producteur de riz au monde[xx], l’année suivante, il redevenait premier importateur de la planète[xxi]. La peste porcine africaine a forcé la Chine, plus grand producteur de porc au monde, à procéder à l’abattage de millions de têtes en 2018. L’année suivante, elle devait doubler ses importations de porc[xxii].


Quand des pays comptant parmi les plus grands producteurs d’une denrée commencent à en importer massivement cela veut dire que de nombreux citoyens dans le monde n’ont plus accès à ces denrées à un prix raisonnable.


Et peut-être plus grave encore, la production alimentaire mondiale stagne[xxiii] alors que compte tenu de l’augmentation de la population planétaire elle devrait s’accroitre. Nous nous dirigions tout droit vers un mur au niveau de la sécurité alimentaire même AVANT d’ajouter les changements climatiques et la pandémie mondiale à l’équation. Toutes les conditions sont en place pour que le prix des aliments explose.


Le blé, le riz, le maïs, le sorgho, le millet, les pommes de terre, les patates douces, le soja et le sucre fournissent à l’échelle mondiale plus de 75 % de l’énergie alimentaire mondiale provenant de végétaux. Cette hyper concentration[xxiv] des sources caloriques de nature végétale nous mène tout droit à la catastrophe.


Il existe pourtant plus de 250 000 variétés végétales propres à la culture. Sur ce lot l’humanité n’en cultive que 7000, car bien avant d’être un homo sapiens l’être humain est, selon la formule de Bourdieu, un homo habitus : ‘’un être d’habitude’’; comme nous avons pu le constater précédemment par l’inamovibilité de ses structures politiques.


Déjà en 1972, le premier Rapport Meadows ( dont nous avons parlé dans l'épisode 13 ) commandé à des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) par le Club de Rome estimait que le début de l'effondrement des systèmes économiques, sociaux et écologiques, précipité par le dépassement des seuils soutenables (agriculture, énergie, eau potable, ressources premières) devrait se manifester au cours de la décennie 2020-2030. La réédition en 2012 du rapport du MIT confirmait[xxv] les conclusions de 1972.


Un des graphiques les plus saisissants du rapport de 1972, sur les scénarios de dépassement et d'effondrement de l'équilibre planétaire, combine cinq facteurs interdépendants de la crise de la croissance (croissance de la population, du besoin de nourriture, de la production industrielle, de l'extraction des ressources et de la pollution).


On y constate que toutes les courbes en progression depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale s’inversent brusquement au cours de la présente décennie[xxvi] ...




Voilà! C'est tout pour l'épisode 21 !


Merci à Magali Rolland d'avoir prêté sa voix aux citations.


Le thème musical du podcast est la pièce ‘’Who would have tought’’ de l’artiste Crowander. Elle est une courtoisie libre de droit disponible ici sur Free Music Archive.


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Merci de votre écoute et au plaisir de vous retrouver pour l'épisode 22, avant dernier épisode de la série.

[i]Jeremy Rifkin, Le New Deal vert mondial, LLL Les liens qui libèrent, Paris, 2019, 304 p. [ii]Seth Borenstein, The Associated Press, « Le réchauffement climatique a trop longtemps été sous-estimé », L’Actualité, 29 novembre 2018.

[iii]Organisation météorologique mondiale (OMM), communiqué de presse, « 2020 est l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées », 15 janvier 2021.

[iv]Organisation météorologique mondiale (OMM), communiqué de presse, « De nouvelles prévisions climatologiques des températures mondiales pour les cinq prochaines années », 8 juillet 2020.

[v]WWAP (Programme mondial de l'UNESCO pour l’évaluation des ressources en eau) Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2019 : Ne laisser personne pour compte. Paris, 2019, p. 8.

[vi]Nations Unies, Onu info, Aide Humanitaire, « Sans progrès plus rapides, des milliards de personnes n’auront pas accès à l’eau salubre et aux services d’assainissement en 2030 », 2 juillet 2021. https://news.un.org/fr/story/2021/07/1099562 ( Consulté 19 janvier 2022).

[vii]Organisation mondiale de la Santé(OMS), Centre des médias, Principaux repères, détails, « Eau », 15 juin 2019.

[viii] Bloomberg|Quint, « California Water Futures Begin Trading Amid Fear of Scarcity », Kim Chipman, 06 Dec 2020. https://www.bloombergquint.com/business/water-futures-to-start-trading-amid-growing-fears-of-scarcity (consulté 19 janvier 2022).

[ix]Nations Unies, « L’Assemblée « reconnaît » le droit à l’eau potable comme un droit fondamental et nomme Carman Lapointe du Canada Secrétaire générale adjointe au contrôle interne. », 2010. https://www.un.org/press/fr/2010/AG10967.doc.htm (Consulté 19 janvier 2022).

[x]Onu Info, « Climat : 250 millions de nouveaux déplacés d'ici à 2050, selon le HCR », 10 décembre 2008. https://news.un.org/fr/story/2008/12/145732-climat-250-millions-de-nouveaux-deplaces-dici-2050-selon-le-hcr

[xi]WWAP, ibid. [xii] Communiqué de presse, Programme alimentaire mondial (PAM), « Covid-19 : le nombre de personnes confrontées à une crise alimentaire doublera si des mesures ne sont pas prises rapidement », 21 Avril 2020. [xiii] Communiqué de presse, Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies, « Déclaration du Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial au Conseil de sécurité des Nations Unies», 21 Avril 2020.

[xiv]Organisation Internationale du Travail, Observatoire de l’OIT. « Le COVID-19 et le monde du travail ». Deuxième édition. Estimations actualisées et analyses. 7 avril 2020. https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---dcomm/documents/briefingnote/wcms_740982.pdf [xv] Ibid. [xvi]Susan Cosier, « The world needs topsoil to grow 95% of its food – but it's rapidly disappearing », The Guardian, 30 May 2019.

[xvii] Francisco Sánchez-Bayo, Kris A.G. Wyckhuys, « Worldwide decline of the entomofauna: A review of its drivers Biological Conservation », Biological Conservation,Chapter 4. Discussion, Fig. 2. Annual rate of decline of the three major taxa studied and of insect biomass, Elsevier, April 2019 https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0006320718313636#s0115

[xviii]ONU Info, « Alerte face à la multiplication des criquets pèlerins dans la Corne de l’Afrique », FAO, 29 janvier 2020. https://news.un.org/fr/story/2020/01/1060762

[xix] AFP News Agency, « Crops destroyed as India faces 'worst locust attack in 27 years'», Aljazeera.com, May 26, 2020.

[xx] Paul Manuel Godoy Hilario, Principaux pays producteurs de riz dans le monde 2017-2018, Statista, 2 octobre 2019. https://fr.statista.com/statistiques/564280/principaux-pays-producteurs-riz-monde/ [xxi] Karl R. Ocampo, « PH is world’s biggest rice importer for 2019 », Business Inquirer, November 12, 2019.

[xxii]Dépêche AFP, « Peste porcine: la Chine double ses importations de porc », Le Figaro, 28 novembre 2019.

[xxiii]Nafeez Ahmed, « Dramatic decline in industrial agriculture could herald 'peak food' », The Guardian, December 19, 2013.

[xxiv] Canada, Centre de recherches pour le développement international (CRDI), « Fait et chiffres sur l’alimentation et la biodiversité », Division des communications, 23 décembre 2010. https://www.idrc.ca/fr/recherche-en-action/fait-et-chiffres-sur-lalimentation-et-la-biodiversite

[xxv] Donella H. Meadows, Dennis L. Meadows, Jorgen Randers, William W. Behrens III and the MIT Project Team, The Limits to Growth. A report for the Club of Rome's project on the predicament of mankind, Universe Books, New York, 1972, 205 p. Version en ligne : http://www.donellameadows.org/wp-content/userfiles/Limits-to-Growth-digital-scan-version.pdf [xxvi] Ibid., Figure 35, World model standard run, p.124.

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