3e partie : Texte du podcast 14 : L'état des lieux aujourd'hui

Dernière mise à jour : 22 déc. 2021

Comment cocher ‘’Sauver le Monde’’ sur sa ‘’bucket list’’?

Bienvenue au podcast épisode 14 de Planet Republyk!


Planet Republyk est une proposition. Un plan, en fait, afin de faire plus efficacement face aux menaces globales à la pérennité de l’humanité et des écosystèmes par l’instauration, par un chemin inédit, d’un parlement mondial réellement supranational à représentation directe en dehors du schème dysfonctionnel habituel des luttes de pouvoir entre nations.


Par l’instauration, donc, d’une cosmocratie, où, selon l’idéal démocratique universaliste, chaque citoyen de la planète équivaudrait à une voix.


Planet Republyk est une ONG à but non lucratif dont la mission est la promotion de l’instauration d’un parlement mondial juste, équitable, égalitariste, légitime et souverain afin de veiller à la gestion des enjeux qui touchent l’ensemble de l’humanité et de la biosphère.


Voici donc en une vingtaine de podcasts le plaidoyer sur la nécessité de cette cosmocratie et une méthode pour l’instauration de cette première république du genre humain.

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Épisode 14 : L'état des lieux aujourd'hui


La série de huit épisodes portant sur l'histoire du mouvement planétariste étant terminée, nous reprenons pour les 9 épisodes finaux, l'argumentaire, le ''Pourquoi'' ; avant de présenter le ''Comment'' du projet.


Nous entrons dans la troisième et dernière partie du projet Planet Republyk.

Si vous ne deviez en lire ou écouter qu'une seule partie; ce serait celle-ci.



Il y a un lien à inventer entre l'humanité en train de créer son unité et cet objet nouveau qu'est la planète terre ... que j'appelle le contrat naturel.


Michel Serres



À la lumière de ce que l’on vient de voir, le siècle dernier a vu naître ou se renforcer trois grands courants de pensée au sein de ceux qui souhaitent l’avènement d’une gouvernance démocratique mondiale. Le premier, unit ceux que l’on peut qualifier ‘’d’ONUsiens’’. Ils aspirent à un gouvernement mondial par une démocratisation de l’Assemblée générale de l’ONU ou encore par l’adjonction d’une assemblée élue à cette dernière.


Le second, non exclusif du premier, regroupe les ‘’fédéralistes’’ appelant à un gouvernement mondial par une union en fédération des États du globe. Le troisième, que l’on pourrait nommer ‘’planétariste’’ rassemble ceux qui désirent, à partir d’un canevas vierge, créer un parlement mondial élu au suffrage universel.


Le mouvement Planet Republyk, comme son nom l’indique, s’inscrit dans le courant de pensée planétariste. À son sens, et quelle que soit sa nature, une fédération des États, à l’instar de la transformation de l’ONU en parlement et son évolution, à terme, vers un réel Parlement mondial, détenant le pouvoir de légiférer, n'altérerait rien au mandat des délégués qui demeurerait, fondamentalement, celui de défendre les intérêts des nations quant bien même cela irait à l’encontre du bien universel.


L’élection des représentants de ce parlement de l’ONU, par les parlements nationaux et, à terme, au suffrage universel des peuples des nations ne modifierait, pas plus, quoi que ce soit à ce vice fondamental. Ces propositions préservent également le poids inéquitable des États au sein du système des Nations Unies ( ou au mieux ouvrent une boîte de Pandore qu'il sera bien difficile de refermer quant à un rééquilibrage ). L’ONU ne peut être modifiée autant qu’elle le devrait. Sa sclérose structurelle des 75 dernières années en témoigne éloquemment.


La même lacune est inhérente aux propositions dites ‘’fédéralistes’’. Les organisations de ‘’gouvernements de gouvernements’’ tels la Société des Nations ou du système des Nations Unies ont d’ores et déjà démontré leur impotence. Il est grand temps d’envisager un véritable gouvernement des citoyens du monde.


C’est donc à partir d’une page blanche que la République mondiale doit être conçue.

Sommes-nous de taille à avoir une conscience mondiale?

Nous devons alors apporter une réponse qui soit à l'échelle de la planète, mais nous ne la connaissons pas. D'où l'ardente obligation de plus d'éducation.


Jean-Marie Cavada



Il existe chez les amateurs de théories du complot, souvent chez les plus libertariens et les plus nationalistes d’entre eux, une frange très réfractaire à l’ONU et encore plus à toutes idées de gouvernance mondiale; à toutes idées de parlement mondial; qu’ils soient démocratiques ou non. Les termes Nouvel ordre mondial, Groupe Bilderberg, Protocole des Sages de Sion, Secte des Illuminatis ou de la Franc-Maçonnerie, sont souvent évoqués comme repoussoir et les familles Rothchild, Windsor, Rockefeller, Gates ou Clinton sont souvent associées à ces théories.


Ces complotistes dénoncent les fédéralistes, les planétaristes, l’ONU et tous ceux qui souhaitent une réforme politique du système des Nations unies.

J’aimerais bien qu’on m’explique en quoi le statu quo est une meilleure chose. En quoi de laisser ces pouvoirs, s’ils existent et si on leur accorde les intentions qu’on leur prête, continuer d’œuvrer dans l’ombre en corrompant les élites, en jouant les états les uns contre les autres, sans comptes à rendre à qui que ce soit, est une meilleure option. Je considère justement que ces fameux pouvoirs ont tout à gagner de la propagation de telles théories de façon à ce qu’absolument rien ne change et que tout reste, pour eux, le ‘’Meilleur des mondes’’.


La pandémie du COVID-19 illustre éloquemment que nous sommes tous liés et interdépendants sur cette même sphère. Que le battement d’ailes d’un papillon en Sibérie entraînera un ouragan au Brésil ou, dans ce cas précis, que l’éternuement d’un Chinois de Wuhan provoquera une hospitalisation au Chili.


Seulement, le mouvement mondialiste fait du surplace depuis son apogée à la fin des années 40. Tout le contraire de la mondialisation du commerce qui, elle, progresse à fond de train grâce, entre autres, à la multiplication des accords de libre-échange dont l’objectif ultime est de limiter la capacité des États d’entraver la soif insatiable de profits des multinationales. Cette désinhibition de l’orthodoxie commerçante s’est accélérée depuis le début des années 1990 lorsque l’épouvantail du communisme s’est étiolé à la dislocation de l’URSS.


Une des seules réelles avancées des dernières décennies vers une règle de droit universelle est la création, en 1998, de la Cour pénale internationale (CPI). Et encore là, on est très loin de la perfection. La CPI est une juridiction pénale internationale permanente, siégeant à La Haye, au Pays Bas et ayant pouvoir de juger des personnes accusées de crimes contre l’humanité. Vingt ans après sa création, elle a désormais juridiction dans 124 États sur 193, à l’exclusion, non des moindres, de la Russie, les États-Unis, la Chine, l’Inde et la Syrie… qui, frileux d’un empiètement sur leur souveraineté, n’ont pas ratifié le traité.


La CPI ne pourrait donc en juger des citoyens accusés de génocide, de crimes contre l’humanité ou de crimes de guerre. Pourtant, il y a peu à craindre, car, faille majeure de la CPI, l’initiative en matière d’enquête et de jugement de ces crimes est laissée aux États. On peut imaginer que le gouvernement syrien de Bachar el-Assad( La Syrie n'est de toutes façons pas membre) ne soit pas très chaud à l'idée de demander à la CPI d’engager des procédures contre son président… Et que, de façon générale, les Nations, par orgueil, préfèrent laver leur linge sale en famille afin de préserver leur fierté et leur image à l'internationale.


L’acquittement récent, sur un non-lieu, après huit années de procédures, de l’ancien chef d’État de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, accusé de crime contre l’humanité, s’ajoute à une liste d’incapacités de la CPI qui s’allonge. Luc Côté, ancien avocat au Bureau du procureur de la CPI, commentait ce dernier acquittement en ces termes :


Cela nous oblige à diminuer les attentes qu’on peut avoir envers une institution comme la CPI. La CPI n’est pas un organisme qui va ramener la paix dans les conflits. C’est un organisme qui est très limité. Les États se sont assurés, à travers ses statuts, de bien la verrouiller afin qu’elle ne puisse leur faire de mal. […] Depuis les procès de Nuremberg, on voit que les États vont participer à la justice internationale si cela sert leurs intérêts. Si cela ne sert pas leurs intérêts, ils ne feront rien ou ils vont lui nuire[i].


Un autre exemple de l’impéritie de nos institutions internationales, s’il en faut :

En 2013, les Philippines demandent à la Cour permanente d’arbitrage (CPA) de La Haye de se pencher sur les revendications territoriales de la Chine sur une grande partie de la mer de Chine méridionale.


Les Philippines estiment que les prétentions chinoises sont en infraction de la Convention de l'ONU sur le droit de la mer (CNUDM). En 2016, la CPA donne raison aux Philippines. Malgré cela, Pékin dans une réaction s’apparentant à : ‘’je suis le plus fort, je fais ce que je veux’’ décrète, bien qu’elle ait ratifié la CNUDM, qu'elle ne respectera aucune décision d’autres cours de justice que les siennes.


Pourtant, en principe, toutes les décisions de la CPA sont contraignantes et doivent être exécutées sans délai. Or, qui forcera la Chine à respecter la décision de l’institution internationale?


Ces paradoxes démontrent, encore une fois, à quel point nos institutions internationales sont faibles.


Au cours des dernières décennies, la seule nouvelle autorité supranationale qui a été reconnue par toutes les grandes puissances est l’Organisation mondiale du commerce (OMC) créée en 1995. En 2019, 164 Nations et 98 % du commerce mondial se soumettaient à ses règles. Et contrairement aux accords climatiques internationaux, les mécanismes coercitifs pour ceux qui ne respectent pas leurs engagements y sont très contraignants. Or, même là, tout n’est pas rose alors que le cycle de négociations de Doha entamé en 2001 n’a toujours pas abouti.


Tout de même, la démocratie ne suit pas le business. Elle traîne loin derrière. Karl Marx écrivait que lorsqu’il se produit une disparité significative entre la structure politique et son contenu socio-économique, la révolution est en vue. L’humanité n’a jamais connu une telle disproportion entre son économie mondialisée et l’obsolescence des outils politiques pour la juguler…



Qu'on le veuille ou non, l'heure est venue ou d'être citoyen du monde, ou de voir périr toute civilisation.


Anatole France



À l’échelle de la planète, en ce début de millénaire, près d’un millier d’organisations œuvrent à la promotion de l’instauration d’une forme ou d’une autre de démocratie mondiale, de cosmocratie. De l'Argentine (Democracia Global) au Japon (World Federalist Movement of Japan) en passant par l'Ouganda (Students for Global Democracy Uganda), Israël (One World - Movement for Global Democracy) et l'Inde (The Global Trust). Il est conséquemment extrêmement ardu de faire un historique exhaustif, et ce sur plus de 2000 ans, du fort vaste et disparate mouvement mondialiste.


C’est d’autant plus impossible de le faire dans un court essai dont ce n’est pas la vocation primaire.

J’ai, de plus, le biais culturel d’un citoyen des pays d’Europe de l’Ouest et autres pays…[ii](un des très arbitraires cinq groupes régionaux non officiels votant aux Nations unies. ‘’Très arbitraire’’, car après tout l’Islande n’a pas plus en commun avec la Turquie, que l’Algérie avec l’Afrique du Sud ou encore que la Corée du Nord avec le Koweït).


L’anthropologue, Daniel Fabre, résume mon biais plus poétiquement : « il n’est pas d’œil naïf, d’oreille neutre, d’observation innocente[iii]

En d'autres mots, les pays bordant la région de l'Atlantique nord sont surreprésentés dans cette recherche.


Par ailleurs, je ne suis pas historien, quoique dans les faits, je le deviens un peu plus chaque jour du fait que j’ai entamé récemment une formation universitaire en histoire internationale. J’ai tout de même tenté de retracer l’histoire du mouvement avec toute la rigueur de la discipline.


Je ne souhaitais, dans cette portion du manifeste, que brosser un portrait grossier de l’historique du mouvement mondialiste afin de démontrer que le projet de Planet Republyk s’inscrit dans une continuité. J’ai aussi souhaité vous démontrer, et ce contrairement à ce que nos élites tentent de nous faire croire, que le modèle actuel n’est pas immuable. Que des idéalistes ont passé bien près à d’autres époques d’en changer le paradigme. Et que donc, vous pouvez aussi y aspirer si vous vous en sentez l’inclination.


Les énoncés historiques, dont je viens de vous faire part, à moins que vous ne vous intéressiez déjà au sujet sont, pour la plupart, comme vous avez pu le constater, méconnus. L’historique de l’ONU, elle-même, est, en général, peu ou pas abordé dans les cursus nationaux. C’est malheureux.


Les programmes nationaux d’enseignement devraient faire une plus grande place à l’histoire internationale, au mouvement mondialiste. Et ce devrait être la tâche de l’UNESCO de produire un manuel d’instruction civique mondial initiant à la culture cosmopolite comme le proposait le Groupe des amis de Gary Davis.


Malheureusement, on ne peut compter sur un organe de l’ONU pour faire la promotion d’idées qui pourraient à terme menacer sa pérennité. Cette ‘’Histoire des élans humanistes pour une démocratie mondiale’' contribue pourtant à nous définir au même titre que l’histoire nationale et régionale.


Le cheminement lent, mais inexorable, de l’humanité vers son unification mérite définitivement une plus belle place au soleil.


Voilà! C'est tout pour l'épisode 14!


Merci à Magali Rolland d'avoir prêté sa voix aux citations.


Le thème musical du podcast est la pièce ‘’Who would have tought’’ de l’artiste Crowander. Elle est une courtoisie libre de droit disponible ici sur Free Music Archive.


Vous trouverez sur la section ''Blogue'' de Planet Republyk.org/blog tel qu'écrit sur le logo du podcast, le texte du Podcast et ses références ainsi que d'autres textes.


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Merci aussi S.V.P de partager!


Surtout à ceux qui vous sembleraient intéressés par un tel sujet!


Merci de votre écoute et au plaisir de vous retrouver pour l'épisode 15 !

[i] Extrait de l’entrevue accordée par Luc Côté à Michel Désautels à l’émission Désautels le dimanche à la Première chaîne de Radio-Canada, le 27 janvier 2019. [ii]United Nations web site, Department for General Assembly and Conference Management, United Nations Regional Groups of Member States. Consulté le 29 mai 2020. https://www.un.org/depts/DGACM/RegionalGroups.shtml

[iii] Daniel Fabre, cité dans Roland Viau, Amerindia : essais d'ethnohistoire autochtone, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 2015, p.29.