2e partie : Texte du podcast 6: Les premiers citoyens du monde

Dernière mise à jour : 28 mars

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Les 8 prochains épisodes traiteront de l'histoire du mouvement internationaliste et planétariste.


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Vous pouvez attendre (ou passer à, s'il est déjà en ligne) l'épisode 14.


Sachez toutefois que si nous consacrons autant de temps et d'épisodes à l'histoire du mouvement, c'est que d'une part, c'est une histoire fascinante dont nombre d'évènements et de protagonistes sont méconnus, comme vous pourrez le constater, et que d'autre part, cette histoire nous aide à mieux comprendre que les mouvements cosmopolites ou planétaristes sont cycliques et qu'ils fleurissent aux moments charnières de l'histoire.


Cette historique nous permet également de mieux appréhender l'idée que nous traversons, en ce moment, ce type de période charnière et que l'époque actuelle est possiblement plus propice à la constitution d'un parlement mondial qu'aucunes autres périodes avant elle.


Histoire du mouvement planétariste

Partie 1: Les premiers citoyens du monde


Parce que cette histoire est aussi la nôtre.

Parce qu’elle est méconnue.

Parce qu’elle devrait pourtant être enseignée dans nos écoles au même titre que l’histoire nationale.


Le progrès résulte uniquement du fait qu’il existe des hommes et des femmes qui refusent d’accepter que ce qu’ils savent être juste ne puisse être accompli.

Russell Davenport


L'idée d'une gouvernance planétaire ne date pas d’hier. De grands empires, dotés d’une soif expansionniste sans bornes, ont jalonné la marche de l’humanité, que ce soient ceux de Gengis Khan, Attila le Hun, Tamerlan, Charlemagne, Charles Quint, Cyrus le Grand ou Auguste.



Ces empires avaient comme objectif d'asservir les peuples conquis et d'imposer leur civilisation qu'ils considéraient comme supérieure, prenant pour preuve leur supériorité militaire. À quelques exceptions près, dont celles notables des bolchéviques russes, des premiers califats, d’Alexandre le Grand, de l’Empire ottoman ou de Napoléon Bonaparte, ces empires ne visaient pas la gouvernance de l’humanité selon une idéologie, qui d’après les conquérants, servirait son élévation, mais plutôt la domination d’une bonne partie de celle-ci dans l’unique intérêt d’une classe privilégiée de citoyens au sein de l’empire.

De nombreuses esquisses de gouvernance mondiale seront élaborées au fil des siècles, principalement par de proches conseillers de monarques. Il s'agissait d’étendre et de sécuriser le pouvoir des empereurs. Déjà en 1313, l’auteur italien de la Divine Comédie, Dante, écrivait que: « un empire planétaire à caractère civil, fondé sur la raison, pouvait en finir avec la guerre. »


Je ne suis ni d'Athènes ni de Corinthe, je suis citoyen du monde.

Socrate


Quant au cosmopolitisme, cet idéal métempirique transcende la lente évolution humaine. Seulement comme il faut bien lui donner une genèse pour le bien de l’exercice présent, ce

serait, en Occident, chez Socrate et ses héritiers grecs, et plus particulièrement chez les cyniques, avec le farouche Diogène de Sinope en tête, qui, avant même que de se considérer citoyens grecs, se réclameront les premiers, au IVe siècle avant notre ère, citoyens du monde. L’ascendant des premiers cyniques joue certainement un rôle déterminant dans la vision que se construit de son empire naissant leur contemporain Alexandre le Grand.


Un siècle plus tard, dans sa Politeia, le philosophe fondateur du Stoïcisme, Zénon de Citium, estime que nous devrions considérer que : « tous les hommes appartiennent au même peuple et à la même cité, et qu’il n’y a qu’un unique mode de vie et un unique univers comme c’est le cas pour un troupeau qui, pour sa nourriture, partage un pâturage commun[i]

En 1516, en énonçant : « le monde entier est notre patrie à tous », Érasme de Rotterdam, dans Querela pacis se réclame lui aussi de la citoyenneté internationale. Quelques années plus tard, le philosophe espagnol Francisco de Vitoria élabore sa théorie de Res publica totius orbi, soit d’une république pour l’ensemble du globe.

1598. L’Europe sort de quatre décennies d’une guerre de religion meurtrière. La précédente, pas si éloignée, a duré plus de cent ans. Henri IV esquisse alors dans son Grand Dessein un projet d’entente entre les nations européennes afin de sortir du cycle infernal des guerres et établir une paix permanente. Ce fut possiblement le premier canevas d’un gouvernement mondial à la sortie d’un conflit. Ces phœnix renaitraient à chaque fin de conflits majeurs à venir, dessinés par des humanistes souhaitant trouver une façon d’instaurer une paix définitive entre les nations d’Europe et plus tard du monde.


Notre rôle est de promouvoir une organisation mondiale. La citoyenneté mondiale est la dernière chance.

Hervé Bazin

Certains pourraient arguer que la menace d’une guerre totale est écartée en ce début de 21e siècle. L’espèce humaine n’étant plus menacée d’anéantissement par une guerre nucléaire entre bloc Est et bloc Ouest.

Le principal argument justifiant l’instauration d’une gouvernance démocratique universelle semble désormais obsolète maintenant qu’une paix relative est acquise.

Après tout, à l’échelle planétaire depuis 1945, il n’y a eu guère plus que d’occasionnels conflits régionaux.


Ce n’est toutefois pas ce qu’indiquent[ii]les aiguilles de l’horloge de la fin du monde; une horloge conceptuelle créée pendant la guerre froide par des scientifiques de l’Université de

Chicago. Minuit y représente la fin du monde et le nombre de minutes avant minuit y est mis à jour périodiquement; au gré des menaces qui pèsent sur l’humanité.

L'horloge utilise l'analogie du décompte vers minuit pour dénoncer les dangers des menaces nucléaires, géopolitiques, écologiques (perturbations dues au changement climatique) et technologiques (sciences du vivant, nanotechnologie, biotechnologie, etc.).


Depuis le 25 janvier 2018, elle affiche minuit moins deux minutes en raison de la croissance de ces menaces. L’escalade verbale, depuis l’automne 2017, entre des dirigeants de nations membres de l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) d’une part; et de la Chine, de la Russie, de la Corée du Nord ou de l’Iran, d’autre part, a certainement contribué à ce récent alarmisme. La résurgence de tensions entre deux autres puissances nucléaires, soit l’Inde et le Pakistan a elle aussi de quoi inquiéter.

En 2015, les aiguilles avaient déjà été avancées de 23h55 à 23h57. Le cadran est au plus près

de minuit depuis sa création en 1947. Le seul moment où l’humanité a été aussi près de sa fin, selon ces scientifiques parmi lesquels on dénombre 19 Prix Nobel de différentes disciplines, fut en1953, année où les États-Unis et l'URSS se relançaient à qui mieux mieux dans des essais nucléaires[iii].


En 2018, 15 nations abritaient encore un total de près de 20 000 ogives nucléaires. Michel Fortmann dresse d’ailleurs un portrait inquiétant[iv] de la situation dans Le retour du nucléaire, paru en 2020. Il y constate avec effarement qu’au cours de la dernière décennie les grandes puissances ont eu tendance à se retirer des traités de non- prolifération. Il s’y demande si l’humanité devra vivre une crise telle celle des missiles à Cuba en 1962 pour ramener les grandes puissances à la raison.


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Mais revenons au 16 e et 17e siècles, si vous le voulez bien. Les œuvres de Guillaume Postel, De orbis terrae concordia, en 1544; de Grotius, Le droit de la guerre et de la paix, en 1625; du duc de Sully, qui met en lumière Le Grand Dessein d’Henry IV en 1638; de Comenius, Angelus pacis (L'Ange de la paix), en 1667, ainsi que de William Penn, Essai sur la paix présente et future de l’Europe, en 1693, contribueront, à cette époque, à la diffusion de l’idée d’une humanité pacifiée et unifiée.


En 1623, le moine français Émeric Crucé y va même d’une proposition particulièrement avant-gardiste dans Le nouveau Cynée. Il propose la constitution d’une assemblée permanente de représentants des princes des nations du monde à Venise, et, ‘’ô scandale!’’, MÊME si ceux-ci ne sont pas chrétiens.

Cette assemblée comptant les représentants des monarques d’Europe, de Turquie, de Perse, d’Inde, de Russie, de Chine, d’Afrique et de Russie se consacrerait à la préservation de la paix. Son projet est laïc, il propose une monnaie commune et un système de calcul commun. Tout cela, près de 300 ans avant la Société des Nations! Nostradamus mort cinquante ans plus tôt doit, aujourd'hui, être jaloux.


Cyrano de Bergerac (Savinien de), l’original, celui dont Rostand s'inspira pour écrire sa célèbre pièce, affirme, en 1651: « Un honnête homme n'est ni Français, ni Allemand, ni Espagnol; il est citoyen du monde et sa patrie est partout.»


Au sortir d’un siècle de conflit opposant la France au Saint-Empire romain germanique, l’abbé de Saint-Pierre tentera, lui aussi, en 1708, une ébauche de gouvernance universelle. La version originale de son projet, très en avance sur son époque, elle aussi, englobait même tous les États de la Terre.


Ses amis le convainquirent que cette version était beaucoup trop utopiste pour être crédible. Il se résigna donc à circonscrire sa proposition à l’Europe seulement en en édictant les règles de base dans son Rêve d’un homme de bien. Règles, pour la plupart, qu’adopteront les penseurs de la ‘’République unique du genre humain’’ des siècles suivants, dont Rousseau, Montesquieu, Proudhon, Comte, Thomas Paine, Jeremy Bentham ou encore Emmanuel Kant qui publiera, en 1793, Vers la paix perpétuelle.


Dans cette œuvre cosmopolite majeure, Emmanuel Kant défend nombre de propositions originales dont l’idée d’une paix internationale entre les peuples plutôt qu’entre les souverains. Il dénonce les guerres de conquête, la diplomatie secrète ainsi que les armées permanentes. Il y définit un droit cosmopolitique des citoyens du monde inhérent à leur possession commune de toute la surface de la Terre. Il estime que les citoyens du monde engoncés à l’intérieur du paradigme des nations souveraines qui perpétue les guerres ont l’obligation morale de forcer la sortie de cet état de fait afin d’aussi rapidement que possible instaurer une république universelle et supra nationale du genre humain.


Contemporain de Kant, Claude Henri de Saint-Simon consacre une bonne partie de son œuvre, de sa réflexion voire de sa vie à penser « l’unification des peuples». Il écrivait en 1814 dans De la réorganisation de la société européenne qu’: « il viendrait sans doute un temps où tous les peuples(de l’Europe) sentiront qu’il faut régler les points d’intérêt général, avant de descendre aux intérêts nationaux. Alors les maux commenceront à devenir moindres, les troubles à s’apaiser, les guerres à s’éteindre.»

C’est exactement ce que Planet Republyk vous propose 200 ans plus tard.

Je l’ai dit : une union des humains de la terre plutôt qu’une union des nations ou de leurs gouvernements n’est pas une idée originale. L’avantage que nous avons sur ces idéalistes du passé pour l’avènement de la république universelle du genre humain est que nous détenons des outils dont eux ne disposaient pas et j’ose, aussi espérer, un niveau global d’intelligence, d’instruction, de politisation, mais surtout de conscience, plus élevé que celui d’il y a quelques siècles, voire millénaires.


Un jour, espérons- le, le globe entier sera civilisé, tous les points de la demeure humaine seront éclairés, et alors sera accompli le magnifique rêve de l'intelligence : avoir pour patrie le Monde et pour nation l'Humanité.

Victor Hugo


Les premières ébauches d'un projet concret de cosmocratie élue au suffrage universel s'esquissent dans le siècle des Lumières. L'idée sera ensuite reprise et peaufinée sans cesse, par les milieux intellectuel et politique. Portée par des penseurs d’horizons aussi variés que Victor Hugo, Giuseppe Mazzini, Marx, Engels, Pierre Kropotkine, Tolstoy, Bertrand Russel, Hegel, Gandhi, Albert Einstein,Trotsky, Kang Youwei, l’Abbé Pierre, Martin Luther King Jr., Paul Valery, Klaus Mann, Rabindranath dit Tagore ou Bernard Shaw.




Le Cosmopolite ou le Citoyen du monde publié en 1750 par Louis-Charles Fougeret de Monbron influencera certainement les penseurs de la Révolution française qui sera terreau fertile à la propagation de l’esprit universaliste. Le mètre, nouvel étalon proposé d’un

système unifié de poids et mesures, égal à la dix millionième partie du quart du méridien terrestre, sera défendu par ses instigateurs devant l’Assemblée nationale constituante, avant d’y être adopté en 1791,comme une nécessité : celle « de fixer une unité de mesure naturelle et invariable; seul moyen de l’étendre aux nations étrangères et de les engager à convenir du même système en choisissant une unité qui dans sa détermination, ne renfermerait rien, ni d'arbitraire, ni de particulier à la situation d'aucun peuple sur le globe[v] ».

Pour l'illustrer concrètement: le pied, qu’on utilise encore, comme mesure, en construction en Amérique du Nord a été basé, à l'origine, sur la longueur du pied du roi des Francs, Charlemagne.


On peut imaginer que ce genre de chauvinisme peut nuire à ce que cet étalon de mesure particulier devienne universel et permanent.

Pourquoi un Iranien, un Congolais ou un Argentin serait-il motivé à adopter un tel étalon, sauf s'il est imposé par une puissance impérialiste étrangère dont le pouvoir est par nature, à une échelle historique, éphémère?


L’instauration du calendrier révolutionnaire dont la nomenclature s’inspirait de la nature et des saisons en lieu des divinités de la Rome Antique participait du même esprit cosmopolite. La date du sacre de Napoléon Bonaparte, dont les croisades s’abreuvent à ces idéaux, le 11 Frimaire de l’An XIII (soit le 2 décembre 1804) nous semble, aujourd’hui, une coquetterie héritée de la Révolution française, pourtant cette nomenclature participait d’une volonté stricte de rationalisme scientifique.

L’œuvre d’un système universel des normes, poids et mesures n’est toujours pas achevée à ce jour. En 2018, seulement 59 États étaient membres en règle du Bureau International des poids et mesures (42 autres s’y étant simplement associées). C’est pourtant ce même Bureau, enfanté par la Commission internationale du mètre de 1870, qui accoucha du Système international d'unités (SI).


À cette même époque, en France, dans son Assemblée des nations, Volney défendait le devoir de: «regarder l’universalité du genre humain comme ne formant qu'une seule et même société dont l’objet est la paix et le bonheur de chacun de ses membres.»


Dans La république universelle, Jean–Baptiste Cloots exhortait, quant à lui, par cette diatribe, les révolutionnaires français à poursuivre la lutte tant que l’humanité ne serait pas unie sous l’oriflamme de la république du genre humain: «Le genre humain vivra en paix lorsqu'il ne formera qu'un seul corps, la nation unique ».

Voilà, c'est tout pour l'épisode 6.


Merci à Magali Rolland d'avoir prêté sa voix aux citations.


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[i] Zénon de Citium cité dans Marie-Odile Goulet-Cazé, Les Kynica du stoïcisme, Hermes-Einzel- schriften-Band 89- Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2003, p. 32.

[ii] Chronologie de l’horloge de la fin du monde : https://thebulletin.org/timeline [iii] Ibid.

[iv] Michel Fortmann, Le retour du risque nucléaire, Montréal, Presses de l’université de Montréal (PUM), collection Le monde en poche, 2019, 64 p. [v] Philippe-Antoine Merlin de Douai, Répertoire universel et raisonné de jurisprudence, cinquième édition, tome 12, Paris, Garnerie Libraire, 1827, p. 500.




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