2e partie : Texte du Podcast 9 : Le diable dans les détails de l'ONU

Dernière mise à jour : 28 mars

Comment cocher ‘’Sauver le Monde’’ sur sa ‘’bucket list’’?

Bienvenue au podcast épisode 9 de Planet Republyk!

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Planet Republyk est une proposition. Un plan, en fait, afin de faire plus efficacement face aux menaces globales à la pérennité de l’humanité et des écosystèmes du globe par l’instauration, par un chemin inédit, d’un parlement mondial réellement supranational à représentation directe en dehors du schème dysfonctionnel habituel des luttes de pouvoir entre nations. Par l’instauration, donc, d’une cosmocratie, où, selon l’idéal démocratique universaliste, chaque citoyen de la planète équivaudrait à une voix.


Planet Republyk est une ONG à but non lucratif dont la mission est la promotion de l’instauration d’un parlement mondial juste, équitable, égalitariste, légitime et souverain afin de veiller à la gestion des enjeux qui touchent l’ensemble de l’humanité et de la biosphère.


Voici donc en une vingtaine de podcasts le plaidoyer sur la nécessité de cette cosmocratie et une méthode pour l’instauration de cette première république du genre humain. Les 5 prochains épisodes traitent de l'histoire du mouvement planétariste.

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Histoire du mouvement planétariste, Partie 4 : Le diable dans les détails de l'ONU


J’ai été fort surpris, lors de mes recherches, de constater à quel point les voix défendant l’idée d’un gouvernement mondial ont pu être nombreuses et fortes, au milieu du siècle dernier, pendant le quinquennat qui a suivi la création de l’ONU; et que ces faits, même pour ceux qui s’intéressent à l’histoire universelle, sont relativement peu connus.


Parce que cette histoire est aussi la nôtre.

Parce qu’elle est méconnue.

Parce qu’elle devrait pourtant être enseignée dans nos écoles au même titre que l’histoire nationale.


Il n'y a aucun doute dans mon esprit qu'un gouvernement mondial doit venir et viendra sinon le monde tendra à commettre un suicide.

Jawaharlal Nehru


En décembre 1941, sous le vocable de Déclaration des Nations Unies, cette alliance américano-britannique s’élargit en un pacte entre 26 pays alliés dont notamment la Russie et la Chine. Dix-neuf autres nations se joindront ultérieurement à l’alliance. Ces nations s’engagent essentiellement à poursuivre la guerre contre les puissances de l'Axe comme le stipule le point 2 de la déclaration du 1er janvier 1942. Ce point 2 réfère, non sans rancune, à la paix séparée intervenue entre l’Union soviétique et l’Allemagne en 1918. Cette paix, ressentie comme une trahison par les alliés, avait brisé leur élan lors de la Grande Guerre.


Dès sa genèse, l’organisation des Nations-Unies s’affiche donc comme une association d’États engagés à faire la guerre aux puissances impérialistes. L’ONU devint toute autre chose par la suite. Il n’en demeure pas moins que l’organisation dont la vocation est la préservation de la paix mondiale tire son origine d’une antagonisation de deux idéologies. En ce sens, en conservant ultérieurement l'appellation « Nations Unies », l’organisation de 1945 naissait avec un handicap moral tout comme la Société des Nations avant elle.

Dès 1943, les alliés américains, britanniques et soviétiques tentent, lors des sommets de Moscou et Téhéran, d’esquisser l’architecture d’une organisation internationale visant à assurer la pérennité de la paix. La rencontre décisive fut celle de Dumbarton Oaks en 1944.


Churchill y était déjà allé au début des rencontres des trois grandes puissances d’une proposition de fond originale de représentation régionale par continent au sein de l’organisation mondiale à naître. Staline y était favorable. Mais comme pour tous deux l’unique enjeu réel, à ce moment-là, était la guerre, ils finissaient par acquiescer à presque toutes les propositions de Roosevelt, leur puissant

nouvel allié dans le combat, qui semblait attacher tant d’importance à ce projet.


Pour juguler la grande peur du président américain de rejouer dans un scénario wilsonien, son équipe avait présenté son canevas à un comité du Sénat; trois mois avant de le soumettre aux autres grandes puissances à Dumbarton Oaks.


De ce sérieux accordé par les Américains à la démarche réflexive sur la forme que devait prendre l’ONU découlera le plan de sceller le sort des institutions économiques internationales avant celui des institutions politiques.


C’est ainsi que les Accords de Bretton Woods sont signés un mois avant le début des rencontres de Dumbarton Oaks. Ces accords sur un cadre financier international entre les 44 nations alliées de la guerre donnent naissance au Fonds monétaire international et à la Banque internationale pour la reconstruction et le développement. Cette dernière prendra éventuellement le nom de Banque mondiale.

Le siège de ces deux institutions est fixé à Washington sur le territoire américain. On s’assure ainsi de couper l’herbe sous le pied de la nouvelle organisation politique internationale à naître en ce qui concerne l’élaboration de l’architecture d’un ordre économique mondial. Bretton Woods mène, à compter de 1947, à la signature d’accords généraux sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et à la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995.


Le monde a été bien près d’hériter d’une devise mondiale lors des négociations de Bretton Woods en juillet 1944. L’économiste progressiste de renommée mondiale, John Maynard Keynes, chef de la délégation britannique, y a utilisé tout le poids de son prestige afin d’imposer l’idée d’une Banque centrale mondiale destinée à émettre une nouvelle devise universelle référentielle, le « Bancor ».


Cette monnaie supranationale aurait été reconnue et acceptée partout sur la planète un peu comme l’Euro au sein des 19 états membres de la zone euro en Europe.


Cela aurait constitué un pas important vers l’unification du monde.

Cette proposition fut rejetée. Elle aurait signifié pour les Américains une perte de souveraineté vis-à-vis d’une institution internationale. Elle les aurait empêchés de profiter de la toute récente position dominante du dollar américain. Sur ce plan, les États-Unis, devenus première puissance économique de la planète, n’auront pas su faire mieux que le Royaume-Uni, avant eux, en s’entêtant à ce que le dollar américain devienne l’étalon monétaire mondial. Le Bancor aurait complexifié l’existence d’États voyous jouant le rôle de paradis fiscaux.


L’idée d’une monnaie planétaire qui serait émise par une banque centrale mondiale (idée qui refait surface après chaque crise financière globale) a reçu un bon coup de pub, en 2010, lors de la publication d’un rapport de la direction du département de la stratégie, des politiques et de l'évaluation du Fond monétaire international recommandant l’instauration d'une monnaie mondiale, justement nommée Bancor[i].


Il ne peut y avoir de paix assurée dans le monde, ni de décision sur des questions internationales fondée sur la loi internationale, tant que les États ne seront pas prêts à abandonner leur souveraineté absolue dans leurs relations extérieures et à laisser la décision sur ces questions à un instrument de gouvernement international.

Bertrand Russell


Dans L'Organisation des Nations Unies, Frédérique Mestre-Lafay résume bien l’état d’esprit régnant lors de la conception de l’ONU :


Les grandes puissances figent à Dumbarton Oaks et Yalta tous les sujets prioritaires sur lesquels ils ne souhaitent pas faire de concessions à leur souveraineté. À titre d’exemple, la charte de l’ONU, contrairement au pacte de la Société des Nations, ne contient pas de dispositions intrinsèques et obligatoires de désarmement : «la Charte se contente de charger le Conseil [contrôlé par les cinq puissances les plus militarisées…] d’élaborer des plans en vue d’établir un système de réglementation des armements[ii].

Sous couvert d’assurer le maintien de la paix, les États-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni et, dans une moindre mesure, la Chine et la France ont souhaité s’entendre pour fonder un système n’empiétant pas sur leur propre souveraineté comme le faisait la Société des Nations, afin d’asseoir, légitimer et pérenniser leur hégémonie collective sur le monde.


Du reste, l’ONU est avant tout une ‘’créature’’ américaine. L’administration de Churchill ne faisait souvent qu’endosser les orientations américaines qui étaient ensuite présentées aux Russes et plus tard aux Chinois et aux Français comme une position commune.


Quelques mois plus tard, lors de la conférence de San Francisco qui mènera à la création de l’ONU, les Américains, afin d’arriver à leur fin, recourent à l’écoute téléphonique massive des

communications entre les délégués de la cinquantaine d’États et leur capitale respective[iii]

Ils y pratiquent également une politique diplomatique d’isolement et d’intimidation des représentants des nations récalcitrantes.[iv]


L’administration américaine avait le beau rôle pour imposer ses vues. Toute l’Europe, ses grandes puissances, au premier chef, était détruite. Non seulement l’Amérique était intacte, mais ses infrastructures industrielles et économiques avaient grandement fructifié; justement grâce à la guerre. Les nations européennes savaient très bien qu’elles auraient besoin des capitaux de la désormais plus riche nation du monde afin de se reconstruire. Il était difficile dans ce contexte de faire la fine gueule aux demandes américaines pour un nouvel ordre mondial.


Comme le résume le spécialiste des institutions internationales, Maurice Bertrand : « Ce sont donc bien les Américains qui ont réussi, à Dumbarton Oaks, comme à Bretton Woods pour le Fonds monétaire international, à imposer leurs idées simples sur l’organisation mondiale[v]


Aux yeux du monde toutefois, les politiques économiques misent de l’avant à Bretton Wood reposent sur une volonté philanthropique de l’administration américaine comme en témoigne la déclaration publique du Secrétaire du trésor américain de l’époque, Henry Morgenthau:

Les mesures collectives pour sauvegarder les peuples du monde de ce qui menace la paix […] ne doivent pas être fondées seulement sur une machinerie internationale pour gérer les disputes et prévenir les agressions, mais aussi sur une coopération économique entre les nations visant à prévenir et supprimer les désajustements sociaux et économiques[vi].


Comme ce fut le cas à la même époque pour le Plan Marshall de financement de la reconstruction de l’Europe; les intérêts géostratégiques préfigurent aux actions humanistes. Les Américains craignant, en effet, que la misère des populations en Europe génère des révoltes (qui pourraient mener à terme à un communisme sous influence soviétique) ouvrent leur portefeuille, mais, selon des règles qui avantageront leur économie.


Les accords de Breton Wood auront tout de même contribué à l’avènement de ce qui a été nommé, en occident, les ‘’Trente glorieuses’’. L’humanité entière, mais tout particulièrement l’occident, connut en effet, de 1945 à 1974, sa plus longue et forte période de croissance, d’élévation du niveau de vie et de prospérité continue.


En premier lieu, il faut développer l’idée d’une super-souveraineté, c’est-à-dire qu’il faut apprendre aux hommes à penser en termes mondiaux. En second lieu, il faut essayer de comprendre les causes économiques de la guerre, sans nous heurter aux aspirations égoïstes de ceux pour qui le profit passe avant le sort de l’humanité.

Albert Einstein

Il est de bon ton chez les progressistes du monde entier, et ce depuis longtemps, de vilipender les gouvernements des États-Unis (jusqu’à parfois adhérer à des théories complotistes). Les faits énumérés précédemment ne peuvent qu’ajouter de l’eau au moulin. On se doit cependant d’être juste envers Roosevelt. Le père du ‘’New deal’’ était un grand président : humaniste et anticolonialiste. Il avait réellement à cœur la paix et l’amélioration du sort de l’humanité. En fin de carrière et de vie, malade depuis longtemps, il allait mourir quelques mois avant de pouvoir contempler le fruit de ses efforts, soit la naissance de l’ONU, à la Conférence de San Francisco. Il aura souhaité tout comme Wilson, avant lui, léguer son nom à l’histoire universelle.

Roosevelt demeurait, néanmoins, avant toute chose un Chef d’État, donc forcément nationaliste. Il ne souhaitait pas que les gains pour l’humanité se fassent au détriment de la puissance et de la souveraineté américaine. Le problème était et demeure à ce jour toujours le même. Les États ne peuvent adresser seuls certains dossiers. Des institutions internationales le pourraient. Les États ne sont toutefois pas prêts à déléguer une partie de leur souveraineté sur ces enjeux spécifiques de peur d’être contraints au nom du bien commun universel à des mesures qui les désavantageraient. Cet état de fait plaçait Roosevelt face à un dilemme cornélien. Comme bien d’autres chefs d’État qui le précédèrent et qui le suivraient.


La création de l’ONU, du Conseil de Sécurité, de la Banque Mondiale ainsi que d’autres institutions internationales partaient d’intentions humanistes. Les Américains se seront tout simplement assurés que ces institutions n’aient pas la capacité de leur nuire à terme et ainsi menacer leur hégémonie fraichement acquise. Cela rendait, par ce seul fait, ces institutions inefficaces.


La Deuxième Guerre mondiale avait été encore plus meurtrière et généralisée que la Grande Guerre. Horrifiés par des technologies de plus en plus mortifères, gardant en tête l'utilisation des premières armes nucléaires à Nagasaki et Hiroshima, les contemporains de l’époque pouvaient se demander, à bon droit, si l’humanité allait survivre à la prochaine guerre.


Les Américains étaient bien conscients que l’isolationnisme de leur pays avait contribué au déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. C’est sur fond d’un sentiment de culpabilité et à partir des leçons de l’échec de la Société des Nations qu’ils élaborèrent leur plan.


L’absence de grandes puissances comme les États-Unis, l’Allemagne, le Japon ou l’URSS, au sein de la Société des Nations, en avait miné la légitimité, l’autorité et la portée. Les Américains savaient dès lors que la nouvelle organisation à dessiner devrait rallier les États les plus puissants pour être efficace comme ils étaient conscients que la règle unanimitaire pour tous était une formule dysfonctionnelle.


L’unanimité, selon leur analyse, était nécessaire, mais seulement au sein du Conseil de sécurité, et pour le plus petit nombre possible, si on souhaitait que l’organisation conserve une capacité d’action. À leur sens, ce plus petit nombre devait inclure toutes les Nations les plus puissantes, mais uniquement elles.

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, une version plus robuste de la Société des Nations voit donc le jour.


Le 24 octobre 1945, 51 pays, tous membres des forces alliées, signent à San Francisco la charte de l'Organisation des Nations Unies(ONU). Heureusement pour la légitimité de l’ONU, des pays membres des forces de l'Axe et une myriade de pays, qui allaient éclore à la fin de la période coloniale, se joindraient éventuellement à l'ONU. En 2017, l'organisation comptait 193 pays membres.

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C'est tout pour l'épisode 9.


Merci à Magali Rolland d'avoir prêté sa voix aux citations.


Le thème musical du podcast est la pièce ‘’Who would have tought’’ de l’artiste Crowander. Elle est une courtoisie libre de droit disponible ici sur Free Music Archive.


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Merci de votre écoute et au plaisir de vous retrouver pour l'épisode 10 !


[i] International Monetary Fund Report, « Reserve Accumulation and International Monetary Stability », Prepared by the Strategy, Policy and Review Department In collaboration with the Finance, Legal, Monetary and Capital Markets, Research and Statistics Departments, April 13, 2010, p. 26. https://www.imf.org/external/np/pp/eng/2010/041310.pdf

[ii] Frédérique Mestre-Lafay, L'Organisation des Nations Unies, Paris, Presses universitaires de France, Coll. « Que sais-je ? » no 748, 2009, p. 67.

[iii] Nicky Hager, « Au cœur du renseignement américain La NSA, de l’anticommunisme à l’antiterrorisme », Le Monde Diplomatique, Novembre 2001, P.13.

[iv] Bosco, Ibid., p.176.


[v] Bertrand, Ibid., p. 25.

[vi] Donald John Markwell, John Maynard Keynes and International Relations: Economic Paths to War and Peace, New York, Oxford University Press, 2006, p.255.


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